L’histoire du 143 avenue Louise, menacé d’expulsion

L’histoire commence le 28 mars, lorsque le bâtiment est réquisitionné dans le cadre de la « Campagne de Réquisition Solidaire ». Plusieurs collectifs de personnes sans-logement ou mal-logés, dont la Voix des Sans-Papiers BXL et la Voix des Sans-Papiers Family, s’y installent rapidement. Suite à l’occupation, des négociations sont entamées rapidement afin de trouver un accord et de signer une convention d’occupation avec les propriétaires, dont la principale est la vicomtesse Caroline de Spoelberch. Malgré dès débuts encourageants, les propriétaires font maintenant marche arrière et ont obtenu une ordonnance d’expulsion de manière abusive. Ils affirment leur volonté de mettre à la rue la centaine de personnes- dont de nombreuses familles -y ayant trouvé un refuge, et ce, malgré l’absence de projet immédiat pour le bâtiment.

Les collectifs occupants se sont vus dans l’obligation d’investir ce bâtiment laissé vide depuis 2017 pour pallier à leurs problèmes de (re)logement vu l’absence de dispositifs disponibles en la matière, et ce, sans l’aval des propriétaires. Cependant, les collectifs ont directement essayé d’établir un contact serein avec ceux-ci et une ouverture à l’idée de signer une convention d’occupation temporaire avait alors été annoncé.

Quelques éléments pour bien comprendre la situation

➡️ Une ordonnance d’expulsion a été obtenue via une requête unilatérale, procédure en justice qui suppose que les propriétaires ne connaissent pas l’identité des personnes occupant son bien. Or, depuis le 31 mars, des discussions sont en cours avec les représentants des propriétaires. En outre, les coordonnées d’occupant.es ont été transmises par recommandé aux propriétaires dès le 29 mars. Il s’agit manifestement d’une procédure juridique abusive.
Une tierce opposition a été introduite pour faire recours à la décision d’expulsion. La décision d’expulsion n’a cependant pas encore été notifiée officiellement aux occupants et occupantes. L’enjeu ici que le juge puisse statuer avant la date d’une éventuelle d’expulsion.

➡️ Le 31 mars, deux avocats représentant les propriétaires ont contacté les occupant.es avec plusieurs exigences, en notifiant qu’ « une fois ces engagements pris, nous vous proposerons de négocier ensemble une convention d’occupation précaire». Les occupant.es ont pleinement rempli leurs engagements et s’attendaient à ce que les propriétaires en fassent autant.

➡️ La Ville de Bruxelles, via sa Cellule Sécurité Publique, a affirmé dans un rapport (après visite du bâtiment) « qu’une occupation en toute sécurité est possible » et « qu’il s’agit d’un bâtiment de bureaux, vide depuis 2017. Le propriétaire est dans les stades initiaux de l’élaboration d’un projet (discussions informelles avec Urban et la Ville de Bruxelles) évoquant notamment la démolition du bien. À ce jour, la demande de permis n’a toujours pas été déposée.»

➡️ Via la signature d’une convention, les occupant.es proposent de prendre en charge – avec l’appui des pouvoirs publics régionaux – les frais liés au bâtiment (électricité, eau, assurance…). Les propriétaires avaient en outre de nombreuses garanties sur le bon déroulement de l’occupation.

➡️ Rien ne fait donc obstacle à ce que le bâtiment – racheté 18 millions d’euros et inoccupé depuis 2017 – puisse aujourd’hui servir pour un projet solidaire. Cette menace d’expulsion expose une fois de plus les personnes occupant ce bâtiment à une situation de sans-abrisme avec tous les dangers et fragilités que cela comporte et ce, sans compté la crise sanitaire qui sévit.

Les occupant.e.s

3 collectifs occupent le bâtiment et regroupent une centaine de personnes (familles, femmes, enfants…), dont de nombreuses personnes vulnérables .

La Voix des sans-papiers Bruxelles (VSP Bruxelles )

Depuis 2014, ce collectif regroupe de nombreuses personnes sans-papiers dans un mouvement qui lutte pour la régularisation et le respect de leurs droits fondamentaux. Ces dernieres années, ils ont multipliés les occupations un peu partout dans Bruxelles.

La Voix des sans-papiers Familly (VSP Familly)

Collectif réunissant principalement des familles, femmes et enfants sans papiers résidant, travaillant, grandissant en Belgique depuis des années. Ils occupaient jusqu’il y a peu un ancien home à Berchem qu’ils ont du quitter.

La poussière

Collectif mixte de personnes mal ou non logées, avec et sans-papiers.

 Les propriétaires

Caroline de Spoelberch

Possède 97 % du bâtiment. Épouse du vicomte Rodolph de Spoelberch. La famille de Spoelberch est l’un des trois grands actionnaires familiaux du géant brassicole AB InBev et l’une des familles les plus riches de Belgique. Leur fortune est estimée à 12 524 360 000 euros.

Erard de Becker.

et la société LOULIFA

La société LOULIFA : possède 1 % du bâtiment. La société a été fondé par les 3 autres propriétaires et est gérée par Erard de Becker, qui est l’interlocuteur depuis les menaces d’expulsions.

Marguerite et Emile Culot

Possède chacun 1 % du bâtiment

Calendrier

28 mars

A l’occasion de la journée d’action pour le droit au logement, l’immeuble situé au 143 avenue Louise est réquisitionné lors d’une action coup de poing. Cette occupation vise à assurer un logement stable à des personnes avec et sans-papiers en quête de sécurité et de tranquillité, dont de nombreuses familles avec enfants. Il s’agit de la 6ème occupation de la Campagne de Réquisitions Solidaires.

29 mars

Prise de contact avec les propriétaires via un courrier recommandé envoyé au domicile de Caroline De Spoelberch

31 mars

Premiers échanges avec les représentants des propriétaires qui proposent de négocier une convention d’occupation précaire le plus rapidement possible. Plusieurs échanges de mails s’en suivent dans lesquels les propriétaires assurent préparer une proposition de convention d’occupation.

14 avril

Rapport positif d’un ingénieur de la ville de bruxelles, de la cellule sécurité publique du service urbanisme.

24 avril

Visite du bâtiment par Erard de Becker (gérant de la société LOULIFA, propriétaire de 1% du bâtiment) qui annonce avoir obtenu un ordre d’expulsion et par la même occasion la rupture des négociations.

3 mai

– Erard de Becker confirme la volonté d’expulsion des occupant.e.s malgré les demandes de dialogues de leur part.
– Les occupant.e.s envoient une invitation à Caroline de Spoelberch proposant de se « rencontrer et de nous présenter en personne » en espérant pouvoir établir « un contact humain, sincère et apaisé entre vous et nous. C’est pour quoi nous souhaiterions vous inviter chaleureusement à venir nous voir».

7 mai

Lancement d’une campagne de mobilisation pour demander à la famille de Spoelberch de revoir leurs positions et de permettre l’occupation du bâtiment jusqu’aux travaux. Plusieurs actions sont d’ors et déjà lancées :
– Une vidéo du collectif Tout Va Bien, expliquant la situation et appelant à soutenir les occupant.e.s
– Une pétition

La fin de l’histoire n’est pas encore écrite.
Ensemble, empêchons l’expulsion et obtenons une convention d’occupation temporaire.